2008-05-02

Hyperlittérature


Arabeque multilinéaire d'une oeuvre de Mary-Kim Arnold (Lust, 1994, Storyspace)

Depuis les analyses de Roland Barthes* sur la fragmentation des textes et leur appartenance explicite ou non dite au corpus des multiples autres textes sources qui ont contribué à les générer et leur donnent leur sens, le développement de l’informatique nous a suggéré cette métaphore actuelle de l’hypertexte. Tout texte est un ensemble ouvert et infini de liens et est lui-même lié en tant que fragment au texte virtuellement total de tous les textes de notre histoire humaine. On a pu ainsi parler de post-littérature. Mais le concept est faible, puisque toute littérature est depuis toujours un enchevêtrement de liens, ou un réaménagement de l’arabesque de tous les fragments de littérature existants. Il semble donc plus pertinent de parler d’hyperlittérature, pour désigner cette prise de conscience contemporaine de la structure des liens caractéristique des logiques de la pensée, des perceptions, de la mémoire et de l’imagination qui préside à nos activités cérébrales. C’est par une réduction rationaliste étroite et une survalorisation de l’utilitarisme, que nous avons pu prétendre en théologie et en métaphysique, puis en science instituer une logique linéaire. Celle-ci avait ses vertus et demeure fondamentale dans beaucoup de nos situations existentielles. Elle est l’un des pôles de notre pensée, de nos comportements, et de nos valeurs. À l’autre pôle se situe la logique en arabesque ou en liens de notre imagination et de notre création.

La littérature électronique contemporaine, en exploitant la flexibilité des nouvelles technologies d’écriture et de lecture par ordinateur, a su s’approprier cette déstructuration de la linéarité, cet éclatement, ou cette fragmentation de la production de pensée et de texte – comme on voudra les caractériser - qui constituent de nouvelles vertus de l’âge du numérique. Elle peut ainsi explorer plus audacieusement les arborescences en arabesque de la création et de la lecture interactive, que ne le permettaient les technologies précédentes de la plume et du papier.

Il n’y a pas là que des vertus à célébrer. Et cela ne justifie aucunement de parler de la fin de la littérature, ou au contraire d’un progrès d’une post-littérature. Car l’imaginaire a toujours fait éclater les carcans de l’écriture ou de la lecture linéaire. Et nous savons bien qu’on évoque généralement moins en disant plus. L’art de la litote demeure souvent plus puissant que tous les médias enrichis du monde, lorsqu’il s’agit non pas d’information, mais de littérature.

Il n’en demeure pas moins que le passage de la domination de la pensée linéaire à celle de la pensée en arabesque** ébranle aujourd’hui nos forteresses classiques (le rationalisme comme la littérature). L’aventure humaine continue. Ayant assuré nos arrières, nous pouvons nous risquer dans une recherche-création plus imaginative.

De nombreux écrivains tentent l’aventure. Renonçant à la rigidité linéaire du support papier et du déroulement des pages, pour exploiter la souplesse de l’écran cathodique, ils jouent dans les structures spatio-temporelles du récit traditionnellement linéaire. Ils fragmentent leurs textes, comme des agrégats de capsules mobiles qu’on peut secouer comme des billes dans un sac, pour recomposer chaque fois un nouveau texte. Ils proposent aux lecteurs des démarches interactives, offrant des options arborescentes nombreuses, quoique nécessairement limitées, choisies et préprogrammées par l’écrivain. Ils tentent aussi d’échapper à la textualité pour adopter la richesse plurisensorielle du multimédia. Au lieu de dire textuellement les formes, les couleurs, les sons, de décrire les images et les mouvements, ils les donnent à voir sur l’écran et ils s’offrent le luxe de les multiplier éventuellement. Plus besoin des longues descriptions préalables du réalisme balzacien, pour que le lecteur entre dans un lieu et s’approprie une atmosphère. L’hyperlittérature fait son cinéma. Certes, l’invention de la bande son à mis fin à la production du cinéma muet. Doit-on s’attendre alors à ce que la littérature multimédia tue la littérature textuelle et livresque? J’en doute énormément! Paradoxalement, portée au cinéma, l’œuvre de Balzac perd son génie. Et dans un autre genre littéraire, Tintin au cinéma semble médiocre en comparaison des pages d’album de Hergé. On le sait bien, les nouveaux médias ne tuent pas les précédents. Ils les contraignent à se spécialiser davantage selon leurs vertus propres et ouvrent, quant à eux, la voie à de nouvelles créations avec d’autres spécificités. La photographie ne tuera jamais le dessin, mais le libère.

La littérature électronique est encore à inventer. Nous attendons ses futurs chefs-d’œuvre hypertextuels et multimédias. Un nouvel art exige du temps pour préciser ses explorations, constituer ses modes d’expression, élaborer ses recherches esthétiques. Cette hyperlittérature paraît nécessaire, pour répondre à notre nouvelle cybersensibilité, pour exprimer nos émotions numériques. Et malgré le travail artisanal considérable qu’elle nécessite, en comparaison des arts pauvres de la littérature écrite ou de la peinture – je parle ici d’arts dont la création n’exige que de petits budgets, et dont l’exécution demeure individuelle et extrêmement flexible -, elle devra cependant accepter une éphémérité que plusieurs pourraient juger désespérante. Comme Chronos, le progrès technologique tue ses propres enfants. Le numérique ne fait pas le printemps, vieillit et disparaît d’autant plus rapidement qu’il use de technologies plus complexes et puissantes.

Hervé Fischer

*Roland Barthes, Théorie du texte, in Encyclopedia Universalis.
** Hervé Fischer, La planète hyper, éditions vlb, Montréal, 2003

Libellés : , , , , , , , ,

2007-05-23

Le web est la ville du XXIe siècle





J'ai précédemment souligné l'importance des métaphores océaniques du web. Elles sont significatives des références aquatiques de nos imaginaires sociaux. Un milieu liquide, bleuté, nourricier, doux et tiède, où nous évoluons sans effort, dans les arabesques de la plongée, comme dans la liquide amniotique du corps social.
En fait, il existe une autre métaphore, tout aussi significative et sans doute même plus pertinente de notre rapport au savoir et à nos désirs instrumentaux. C'est la métaphore du web comme une excroissance de la ville. Non pas une métaphore du "village planétaire" mcluhanien, qui date et est contredite par les mille fractures sociales et les diversités culturelles de notre planète, mais celle des villes actuelles, tentaculaires dans leur croissance désordonnée, avec ses suburbs et ses exurbs, comme on appelle désormais leurs banlieues excentriques centrifuges.
À bien des égards, les discours flamboyants d’aujourd’hui sur le cybermonde font penser au célèbre film de Fritz Lang de 1926, Metropolis, avec sa puissance mythique et son utopie salvatrice des cœurs. Et dans la série répétitive des grands rêves humains, on parle actuellement de la révolution du numérique dans des termes équivalents à ceux de Lewis Mumford, lorsqu’il présentait dans les années 1960 la révolution urbaine comme un changement radical de notre civilisation (The City in History, ou The Myth of Machine).

La ville hyper

réseau internet global


La métaphore a donc d'abord comparé la ville à un livre. La ville a toujours été un lieu de socialisation et d'échanges. On a pu considérer la ville comme un médium de communication spécifique. Et les historiens soulignent que c'est l'apparition de la ville, qui a favorisé en Mésopotamie, en Égypte et dans la vallée de l'Indus simultanément, vers 5500 avant J.-C., l'apparition de l'écriture. On fait aussi référence au poème épique Gilgamesh, peut-être la plus ancienne histoire écrite que nous ayans retrouvée, en écriture cunéiforme sur douze tablettes d'argile, et qui raconte l'histoire du roi Uruk, il y a quelques 2750 ans avant J.-C., dans l'ancienne Babylone, l'Irak d'aujourd'hui, pour attester de l'importance du lien entre ville et écriture.

Lewis Mumford, le plus important historien des villes, montre que la ville a certainement été traditionnellement un foyer essentiel au développement des échanges culturels. Ce sont les villes qui ont construit des marchés, des places, des théâtres et des bibliothèques comme celle d'Alexandrie Et aujourd'hui on l'identifie plutôt au web, à un hypertexte. L'image joue d'ailleurs dans les deux sens, puisqu'on compare aussi le web à une ville, avec son architecture, les échanges, ses domaines, ses inforoutes et routers, ses rues, ses circuits, ses réseaux, ses adresses électroniques et ses sites, la circulation, la vitesse, les ralentissements, les embouteillages, ses panneaux de signalisation pour le trafic que sont les icônes cathodiques et les hyperliens, ses places virtuelles, ses portails, ses banques, ses magasins, ses bibliothèques, ses cinémas, ses écoles, universités et musées virtuels, ses églises, son hôtel de ville et ses services publics (e-gouvernement, santé, éducation, etc.), mais aussi ses bannières, ses publicités, ses criminels, ses policiers et ses services très… privés. L’Argentin Alejandro Piscitelli parle même de l’internet comme la nouvelle imprimerie du XXIe siècle (Buenos Aires, 2005).

Une très belle œuvre des artistes Jeffrey Shaw et Dirk Groenveld, The Legible City (1988), nous proposait de circuler à bicyclette dans une ville textuelle virtuelle. On tournait le guidon à droite ou à gauche pour entrer dans des rues virtuelles formées de mots érigés en façades et lire ou organiser ainsi des sortes de phrases (une production du Zentrum für Kunst und Medientechnologie de Karlsruhe, Allemagne).

Derrick de Kerkhove, directeur du Programme McLuhan en culture et technologie à l'université de Toronto a entrepris en 2003, à l'inverse, un projet de Place du Village Global dédié à la mémoire de McLuhan, conçu comme une architecture virtuelle pour une communauté réelle. Il s'agit cette fois d'un dispositif de connections par visioconférence, offrant aux citoyens de villes distantes, comme Toronto, Milan, Naples, Varsovie ou Paris, la possibilité de se rencontrer et de se parler virtuellement en temps réel sur les écrans de places publiques: Le dispositif est une rotonde couverte qui protège huit grands écrans situés au centre. Chaque écran montre un des lieux en connexion. Une camera par écran enregistre et envoie l’image de ceux qui le regardent à un lieu correspondant ailleurs. Les gens peuvent ainsi se parler et s’entendre en toute liberté grâce à une zone sonore située à quelques mètres de chaque écran.

La ville lumière s’oppose à l’obscurité rurale, comme le Web écranique aux immenses territoires non connectés de la Terre.

Lewis Mumford était très préoccupé par la déshumanisation des grandes cités modernes, et il jugeait sévèrement les nouveaux projets par rapport à ce critère. En effet, la solitude urbaine est devenue un grand problème de notre époque. De multiples anecdotes sinistres en témoignent, parfois sur le même palier d'un immeuble. C'est pourquoi de plus en plus de municipalités voient dans les technologies numériques de nouveaux outils de développement de la solidarité et de l'intégration urbaine: portail municipal en ligne offrant de l'information et des services aux citoyens, forums de bavardage, dialogue entre les élus et les citoyens, etc.: e-démocratie et e-gouvernance sont en vogue. On valorise les idées de e-citoyen, d'internet citoyen coopératif et créatif, etc. Les villes des pays riches du Nord branchent leurs citoyens et se branchent. Il y a de plus en plus de communautés virtuelles de tous ordres, qui renforcent les solidarités, intègrent les citoyens, alors que l'architecture et l'urbanisme de nos métropoles ne semblent plus capables d'assurer, voire détruisent ce tissu social essentiel à la santé d'une ville. L'agora électronique complète la rue, la place, le centre commercial, les églises, les cafés, les maisons de la culture, etc. Beaucoup de municipalités comptent désormais un adjoint au maire chargé des technologies d'information.

D'autres villes se font fait connaître pour des branchements numériques moins conviviaux: les réseaux de webcams, ces caméras connectées au réseau de surveillance de la police, et qui permettent de contrôler à distance et en toute heure la circulation des personnes ou des automobiles. Et, dans le cas de la surveillance des personnes, il arrive que ces caméras soient couplées avec des logiciels de reconnaissance des visages ou d'identification de comportements classés suspects. Bref, de la convivialité à la surveillance, en passant par le voyeurisme ou la promotion touristique, tous les usages humains des sociétés urbaines, bons ou mauvais, se retrouvent éventuellement dans le cyberespace des hyperliens municipaux.

La métaphore urbaine du Web comme hypertexte planétaire

Et cette toile numérique, on se la représente aussi comme un hypertexte. La métaphore de la ville et des mots a rebondi dans le cybermonde, plus active que jamais. Nul doute que le développement des villes, comme celui du Web sont associés à un progrès de la civilisation. Et les comparaisons positives peuvent être multipliées. La ville, comme le Web font rêver ceux qui n’y sont pas et voudraient y accéder, y trouver fortune ou l’amour. Dans les deux cas, l’utopie technologique suggère un pouvoir magique, celui des villes, comme celui du numérique. Le cybermonde est un lieu de lumière, comme la ville, par rapport à l’obscurité rurale, un lieu d’information, de publicité, de communication. Un lieu d’échange et d’interactivité, un espace communautaire, libertaire, de nomadisme, d’excitation, de plaisirs, d’euphorisation, de pouvoir, d’abondance (presque gratuite dans le Web). La ville, comme le Web, sont des espaces de culture, de divertissement, de commerce et de finance, de consommation, d’éducation, mais aussi de sexe sous toutes ses formes et de criminalité. Ils soutiennent tous deux un style de vie qui reflètent en tout cette urbanité sophistiquée. Tous deux créent une dépendance, des apartheid, des solidarités et des solitudes. Tous deux sont des environnements d’où la nature est absente. Et pour reprendre les critiques des situationnistes et notamment la dénonciation par Guy Debord de la « société du spectacle » et de la marchandisation, on pourra souligner qu’avec le Web, nous passons à l’étape suivante, plus extrême, celle d’une société de l’écran, d'une société cathodique, qui ressemble même à une caricature de la ville!
(Hervé Fischer)

Libellés : , , , , , , , , ,

2007-04-11

HYPERWEB



HYPERWEB

hervé fischer

La planète devient hyper. Au-delà de l’idée d’une augmentation d’intensité, nous avons admis l’usage de désigner les liens dans l’univers numérique actuel par le préfixe hyper : hyperlien, hypertexte. Je propose d’appeler HYPERWEB la prochaine génération de l’internet, qui va combiner des algorithmes de recherche sémantique plus sophistiqués, prendre en compte les nouvelles plateformes technologiques collaboratives de ce qu’on appelle déjà le Web 2.0 et reconnaître l’importance déterminante des dimensions contextuelles de production du sens de chaque information (écologie sémantique).

L’écologie des médias

Beaucoup des recherches actuelles sur le web manquent encore leur but, faute d’admettre que les hommes ne communiquent pas avec une langue universelle de mots-outils monosémantiques. Les communications humaines sur notre planète Terre sont fragmentées en beaucoup de silos socioculturels qui dialoguent peu ou pas du tout entre eux. Ces milliards de pages de textes disponibles sur le web, où l’on navigue par hyperliens et qu’on qualifie donc d’hypertexte ne sont pas un vaste texte planétaire indexé où l’on peut innocemment trianguler des mots, c’est-à-dire des descripteurs encore très élémentaires ; il faut aussi en repérer et indexer les configurations de sens socio-culturelles, pour prendre en compte l’écologie des environnements textuels du sens de chaque mot, de chaque idée, de chaque information, de chaque internaute. Au-delà des illusions de l’universalisme sémantico-linguistique des années 1970, il est nécessaire de reconnaître aujourd’hui et d’introduire dans nos algorithmes la richesse et le défi de cette diversité socio-culturelle. C’est ce que nous rappelle aussi la nouvelle théorie de l’écologie des médias. Cela nous conduit à aborder des macro-configurations de significations et non plus seulement des mots isolés et donc à prendre en compte les écosystèmes sémantiques selon la diversité non seulement textuelle, mais aussi culturelle des logiques de sens dans lesquelles ceux-ci s’inscrivent. Ce que nous cherchons sur le web n’est généralement pas de l’ordre d’un dictionnaire, mais plutôt d’une riche encyclopédique, donc de l’ordre d’une information - un récit - ayant une inscription locale et historique, une complexité, une intention, un imaginaire. Autant de facteurs déterminants de son positionnement dans cet hypertexte dont on parle tant aujourd’hui, mais qui est en réalité fragmenté entre des époques, des continents, des pays, des sociétés, des sous-groupes, que les moteurs de recherche ne savent pas encore prendre en compte au-delà de leurs liens contextuels primaires. Bref, il est séduisant de parler de web sémantique, mais, one ne peut se limiter aujourd’hui à une linguistique ancienne anhistorique et asociologique. Les configurations de sens relèvent aussi d’autres sciences humaines plus complexes et difficiles à croiser. Il faut sociologiser, historiciser, psychologiser le web pour construire un objet de recherche pertinent, c’est-à-dire qui reflète la diversité écologique des savoirs et des communications humaines.

Hypertexte et
hyperusagers

C’est face à ce constat d’évidence que s’inscrit l’HYPERWEB. L’hyperweb est certes un web offrant des hypermoteurs de recherche sémantique, capables d’augmenter extraordinairement leur puissance. Mais au-delà de l’analyse des textes, l’hyperweb va devoir exploiter aussi les liens entre les chercheurs eux-mêmes, qui constituent de facto des communautés virtuelles de sens. En identifiant l’appartenance d’un utilisateur à une communauté sémantique, en indexant ce chercheur et lui attribuant un profil : c’est un africain, un jeune, un économiste, un géographe, un joueur, un sportif, un professionnel, un touriste, une personne malade, etc., on pourra peu à peu cibler mieux les configurations écologiques où celui-ci entend conduire ses navigations internet, et donc répondre à ses demandes avec plus de pertinence et de richesse de contenu. L’orientation de l’hyperweb ne consiste donc pas à multiplier et fragmenter à l’infini les catégories de ce qu’on appelle l’ontologie sémantique, mais à prendre en compte la diversité des paramètres des usagers autant que des mots *. La phénoménologie et la théorie de l’information le soulignent depuis longtemps : les usagers sont partie constituante du sens des messages et donc de l’hypertexte !

Comment peut-on envisager cette avancée des moteurs de recherche ? Je vois trois options principales et complémentaires :

  • Développer des algorithmes qui prennent en compte cette diversité de profils sociologiques, psychologiques, etc. des usagers. Cela est parfaitement réalisable et perfectionnable par rapport à ce que fait déjà manifestement Amazon.com pour nous suggérer des achats de livres, ou un moteur de recherche comme Google, qui reconnaît publiquement enregistrer et construire l’historique de nos navigations sur le web.
  • Créer des plateformes d’outils informatifs collaboratifs du type des ébauches actuelles de web 2.0. On pourra alors, dans les termes actuels de l’évolution du web, recourir au peer2peer, au mode IP Everywhere, au protocole IPv6, etc.
  • Prendre en compte les communautés sémantiques d’usagers. Et c’est ce qui est le plus prometteur, mais aussi le plus délicat.

Car il est possible de croiser les historiques de recherche convergents des usagers et de reconnaître et construire peu à peu informatiquement ces communautés d’hyperusagers, ou usagés liés sémantiquement. On constituera ainsi des configurations écologiques humaines et pas seulement textuelles de sens, qui seront virtuelles, dynamiques et évolutives un peu comme des bancs de poissons, dont on apprendra à caractériser les aires et les arabesques de mouvement. Ainsi, au-delà de l’utilisation systématique du profil – des habitudes – de chaque usager, qui permet de mieux cibler sa recherche, en indexant chacun des usagers pour le lier à l’historique de recherche des autres usagers fréquentant les mêmes configurations de sens, on pourra consolider et enrichir peu à peu ces configurations de sens elles-mêmes. Bref, c’est sur les liens des usagers – hyperusagers - et non seulement du texte – hypertexte - qu’on mise. Et bien entendu, c’est de l’entrecroisement et de la complémentarité de ces deux ensembles indexés et métadatés qu’on espère le progrès décisif des moteurs de recherche. Certes. il n’est pas question ici de sous-estimer la complexité des protocoles informatiques que cela suppose. Et il sera nécessaire en outre de créer un mode de divergence, qui permette à l’usager d’un moteur de recherche d’échapper à l’enfermement où celui-ci tendra alors à le confiner, pour lui permettre de naviguer efficacement vers d’autres écosystèmes de sens que celui de ses habitudes principales.

Démocratie digitale

Mais il nous faut prendre en compte ici un problème éthique fondamental de respect de la vie privée. Jusqu’à quel point est-il démocratiquement admissible d’indexer les usagers du web? Car selon un tel projet, on arriverait vite à étiqueter les usagers selon des critères politiques, moraux, physiques, ethniques, etc. Les excès des banques de données policières, sur les styles de vie, du data mining auquel recourt de plus en plus le marketing, et sur toute inscription cumulative et durable de données personnelles sur un citoyen à son insu deviennent de plus en plus problématiques et inquiétants. Le cauchemar d’une STASI numérique est au rendez-vous si nous n’y prenons garde. Les vertus de l’hyperweb ne sauraient justifier de tels abus, et, puisque c’est dans cette direction que nous allons inéluctablement, voilà une raison de plus de légiférer urgemment en faveur du respect des libertés dans ce qu’il faut bien appeler désormais notre démocratie digitale.

* Lire à ce sujet mon fils Arnaud Fischer : http://searchengineland.com/070403-040029.php .

Libellés : , , ,