2009-05-24

Guerre et paix numériques



Depuis les guerres napoléoniennes contre la Russie que décrivait Tolstoï dans son célèbre roman Guerre et paix, les technologies militaires ont changé du tout au tout. Oubliez les chevaux et les boulets de canons : nous sommes passés au numérique. McLuhan l’a souligné : c’est la guerre qui fait le plus progresser les technologies. Ce fut vrai avec la maîtrise du feu, puis du fer. Il en est de même aujourd'hui avec l’âge du numérique.
On a pu comparer les guerres actuelles à des jeux vidéos. Le général américain Schwarzkopf, responsable des opérations lors de la première guerre contre l’Irak, avait lui-même fait la comparaison lors d’une entrevue à la télévision et évoqué les militaires commandant à distance, à partir des États-Unis, les opérations sur le terrain, quasiment avec des joysticks. On sait d’ailleurs que l’entraînement des soldats se fait, comme pour les pilotes d’avion, beaucoup à partir de jeux vidéo et d’écrans de simulation. Eux-mêmes seront un jour sans doute équipés d’exosquelettes capable de décupler leurs forces physiques. Et les marines sont dotés de prothèses numériques leur permettant d’être branchés en permanence entre eux et avec leur commandement, de voir la nuit et de détecter des déplacements d’objets ou d’être humains cachés (vision intelligente et global positionning systems), etc. On utilise des drones espions, qui sont de avions sans pilote, télécommandés, qui prennent des photos ou qui bombardent, et on imagine déjà des guerres menées sans humains, par des soldats-robots.
Les guerres sont aussi des guerres de communication. L’internet a été d’abord développé par les militaires américains pour s’assurer de réseaux de communications afocaux que l’ennemi ne pourrait pas détruire. On utilise désormais des satellites espions permettant une surveillance globale et de grande envergure des communications ennemies(le réseau Echelon, mis en place dès les années 1990 par les Américains et les pays du Commonwealth, et son pendant européen Galileo. Il s’agit notamment de surveiller touts les messages sensibles en les scannant et de satisfaire ainsi aux demandes d’intelligence des services secrets. Face aux menaces terroristes, ces infrastructures de cybersurveillance militaire et même civile (Patriot Act)ont été puissamment renforcées. Lors de la guerre de Yougoslavie de 1999, les Américains ont utilisé des bombes au graphite pour brouiller les communications ennemies, notamment au-dessus de Belgrade, et rendre ainsi les états-majors serbes inopérants.
Nous sommes donc passés à la cyberguerre, celle qui se joue constamment entre pays qui tentent réciproquement de pénétrer les réseaux numériques stratégiques des défenses potentiellement adverses. Les hackers professionnels sont désormais au service des Chinois, des Russes et des Américains, qui s’envoient secrètement des virus, des logiciels espions, et s’efforcent en permanence de déchiffrer les mots de passe des armées ou des réseaux électriques, soit pour les pénétrer, soit pour les paralyser. Cette cyberguerre est devenue permanente; et elle a été par moments très virulente. Les bunkers de béton armé de la deuxième guerre mondiale ont laissé place aux Firewalls sophistiqués des réseaux numériques actuels, que les adversaires tentent sans interruption de percer. Nous sommes désormais à l’âge de la i-Defense et de la guerre électronique. Le sujet est inépuisable et les technologies en constant développement.
Et la paix numérique?
Nous n’avons parlé que de guerre. Et la paix? Bénéficie-t-elle, elle aussi, des progrès du numérique? Sans doute la parité des capacités numériques de chaque grande puissance assure-t-elle une sorte d’équilibre, comme celle des armes nucléaires. La dissuasion numérique existe, chacun se sentant vulnérable à l’autre. Mais en termes de paix, le numérique est manifestement aussi un outil de démocratie, de développement et d’éducation de plus en plus efficace. Les organismes humanitaires, qu’ils se consacrent à la défense des droits de l’homme , aux luttes écologiques, ou à l’aide aux populations démunies, recourent de plus en plus au numérique et en tirent une efficacité nettement accrue. Les laboratoires biologiques ne servent pas seulement à amasser des armes biologiques – théoriquement interdites -, mais aussi à développer des médicaments et des vaccins. Mais même en incluant la médecine dans les activités humanitaires, même en comptant l’UNESCO et les Nations Unies dans leur ensemble, qui oserait penser que les investissements dans le numérique pour la paix comptent pour plus de 5%, alors que ceux pour la guerre frisent sans doute les 95%. Le numérique n’est pas un outil magique de progrès éthique. Il reflète les réalités humaines qui demeurent, hélas, de ce point de vue, à un stade primitif. Il faut être un optimiste convaincu pour croire que cette sinistre proportion évoluera peu à peu en faveur d’un âge du numérique pacifiste. La paix demeure une conquête plus difficile et incertaine que celle du numérique, même si elle serait pour l’humanité un bienfait infiniment supérieur au progrès technologique lui-même. L’algorithme de la paix reste à inventer. Il nous faudrait... une volonté numérique, mais sans devenir des cyborgs!
Hervé Fischer

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2009-02-17

Digital Arts China

Digital China is moving ahead. No doubt that this country is giving attention not only to computing industries but also from now on more and more to the creation of quality Chinese digital contents and services. As a visiting professor at the Beijing Institute of Graphic Communication, l had the opportunity to visit a series of Labs and to attend in February 2009 an important meeting devoted to the foundation of a new digital industry national network and base. Hosted by Zhang Zhaoxia, from the China Dance Academy, the meeting was attended by Liu Xu Gyuang, director of the New Media Lab of the Beijing Film Academy, Zhang Xiao Fu, President of the Electronic Music Association of China, Yu Xinbo of the Beijing Opera and Li Ping, CEO of the International Federation of Multimedia Associations. Pr Li Yi Fan, head of the New Media Industry Base of the BIGC made the proposition of creating an alliance of these different Labs allowing to better promote the multimedia convergence of these expertises in China and to start a dialogue with the central government. We may think that they will be well received by a Department of culture eager to support what is now considered as a national priority: Creative Industries.
Meanwhile, the central government has decided to focus on five important cities for a faster development of new media zones: Beijing, Shanghai, Shenyang, Chengdu and Kouang Tcheou, not to mention Hong Kong's initiatives. Simultaneously Pr Zhang Xiaoming, Deputy Director of Research Center for Human Resources (CASS) organizes each year an international Creative Industries Forum and publishes an annual collective "Blue Book" spported by UNESCO which takes in account the new digital trends.
An other important meeting which l attended at the Beijing Art Museum of Imperial City focused on the importance of developing from now on quality digital contents. Representatives of the government, of printing industries, Jia Lei Lei, president Assistant of the prestigious Chinese Academy of Arts, Zhang Yong director of the Museum, Li Yi Fan of the School of Art Design, Ping Li of FIAM and industry developers agreed upon the idea of accelerating the offer of Chinese contents on line. A World Internet and Multimedia Summit will be held in Shenyang next September.

Confucius turning digital

The well known label Made in China is fast metamorphosing into Created in China. And it is not only promising for cell telephones and computers manufacturing, but also for multimedia design and contents on all screens, including the mobile screens. Again we may announce that Confucius is turning digital.
Hervé Fischer

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2008-05-21

Le numérique vert














On a souvent souligné que les nouvelles technologies sont beaucoup moins menaçantes pour l’environnement que les anciennes, qui étaient basées sur les ressources naturelles, l’énergie et les mines, et terriblement polluantes. L’esprit du temps aussi a changé, en raison de l’urgence créée par les bouleversements climatiques. Une encyclopédie participative Ekopedia (1), déjà en dix langues, tend à recenser et mettre en ligne les problématiques et les solutions écologiques auxquelles nous devrions tous prêter attention. Les communications par ordinateur, incluant les informations, les documents de travail, les courriels privés, et maintenant la généralisation électronique des billets d'avion, tendent à réduire l’utilisation du papier et contribuent à préserver des forêts. La publicité des manufacturiers canadiens nous montre des images emblématiques d’usagers d’ordinateur portable sur un ponton au bord d’un lac aux eaux pures. Et il convient de souligner ce que les industries douces de l’environnement doivent au numérique. On ne conçoit plus l’écologie sans l’imagerie scientifique numérique, qu'il s'agisse de la détection des variations de l’ozone, des relevés par satellite des densités de plancton dans les océans, des modélisations, des simulations, des capteurs fins de pollution dans l’air, etc. qui seraient impensables sans les ordinateurs et les logiciels sophistiqués auxquels on recourt désormais quotidiennement. Nous usons d’algorithmes écologiques, par exemple pour suivre l’évolution de la biodiversité et évaluer les impacts conjugués des divers paramètres humains, biologiques, météorologiques (2). Non seulement les nouvelles technologies sont douces, mais le numérique vert nous aidera peut-être à sauver les écosystèmes fragiles de la nature. À cet égard, le rapport traditionnellement conflictuel entre technologie et nature s’est en partie inversé.

Une électronique verte?

Mais peut-on parler aussi d’électronique verte? Certes, nous usons de thermostats pour mieux contrôler nos usages énergétiques. Mais s’il est vrai que quinze ordinateurs fonctionnant en même temps, ou que nous avons l’habitude de laisser ouverts, créent autant de gaz à effet de serre qu’une voiture moyenne, comme le souligne la publicité d’un logiciel qui prétend contribuer à sauver la planète (3), nous allons certes devoir changer nos habitudes laxistes en éteignant les ordinateurs inactifs. Déjà Google a décidé de se mettre au vert et d'investir dans les énergies renouvelables en soulignant qu'il était gros consommateur d'électricité avec ses multiples serveurs géants." Les quantités d'énergie que les ordinateurs consomment dans le monde sont énormes. Notre but est de les réduire ", selon Nelson Mattos, vice-président de la recherche et développement (R & D) pour l'Europe chez Google. Mais il y a bien pire : nous produisons entre 20 et 50 millions de tonnes de déchets électroniques chaque année dans le monde, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Nos sites d’enfouissement s’emplissent désormais d’équipements électroniques, téléviseurs, ordinateurs, téléphones cellulaires que nous mettons au rebut, ce qui constitue une pollution électronique en croissance exponentielle et encore plus menaçante lorsque ces déchets sont incinérés. On a pu estimer que nous rejetons quelques 15 kg par personne et par an de déchets électroniques toxiques, non biodégradables, notamment du plastique, du plomb, du cuivre et du cadmium (4). Un pays comme la Chine, devenu principal manufacturier de ces équipements électroniques, a pris conscience du danger et propose aussi de récupérer tous ces déchets, rapatriés des pays clients, pour les recycler, notamment à Guyu, mais au prix de graves menaces pour la santé des ouvriers qui sont soumis aux émanations de ces matières toxiques (5). L’usage de plus en plus répandu de batteries, qui vont aussi être utilisées pour les voitures hybrides, augmente le défi (6). Le droit international oblige désormais chaque pays à traiter ses déchets dangereux sur son propre trerritoire.

Nous allons devoir donner une attention particulière à ces problèmes inédits, développer des ordinateurs biodégradables, apprendre à contrôler la récupération des composants polluants, apprendre à recycler ces équipements, notamment à des fins éducatives et de développement dans les pays démunis. Consommer et jeter, l’axiome du capitalisme dit évolué, est devenu à l’âge du numérique une lourde menace écologique. C’est donc aussi un problème d’éducation et de gestion. Des organismes internationaux ont entrepris de vastes campagnes de conscientisation, notamment Greenpeace (7). L’Europe, qui produit déjà annuellement quelques six millions de tonnes de déchets électroniques par an, a légiféré. Mais ses directives écologiques sont actuellement encore mal respectées. En Amérique du Nord, nous sommes à cet égard encore plus en retard qu’en Europe. Au Canada, Duncan Bury, du Bureau national de la prévention de la pollution, d’Environnement Canada souligne en 2008 que « nous devons nous attaquer à ce type de risque environnemental qui, bien entendu, n’existait pas il y a dix ans ». Il ajoute que: « Au Canada, selon nos estimations, quelque 158 000 tonnes de déchets électroniques sont éliminées chaque année et l’on s’attend à ce que cette quantité augmente de 30 % d’ici l’année 2010. Si rien n’est fait, nous verrons ce chiffre grimper continuellement, compte tenu des durées de vie du matériel et de l’arrivée constante de nouvelles applications, de plus grande ampleur » (8). Plusieurs organismes de lutte contre le pollution électronique existent au Canada, notamment Electronics Product Stewardship Canada (EPS Canada) (9).

Des artistes verts?

L’UNESCO a institué en 2007 un prix consacré aux arts numériques traitant de l’écologie (10). L’Observatoire Leonardo pour l’art, la technologie et la science (OLATS) s’intéresse aux thèmes du climat et soutient la diffusion du travail d’artistes numériques travaillant sur des thèmes écologiques (11). Admettons que ces artistes sont encore peu nombreux. On ne peut certes confondre écologie et morale (la vertu verte complique passablement les problématiques politiques de l’écologie, comme le souligne le philosophe français Bruno Latour), ni davantage art et morale (les bons sentiments ne font pas de l'art intéressant, pour paraphraser André Gide à propos de la littérature). Les beaux paysages ne traitent pas davantage la question. C’est donc un champ nouveau de création artistique qu’il faut envisager. Lucy Lippard, critique d’art renommée a organisé récemment une exposition intéressante au Boulder Museum of contemporary art - Colorado (12). Ecoarts propose un site en ligne, à vrai dire assez conformiste (13). Mais au-delà des déclarations d’intention ou des dénonciations, les chefs d’œuvre d’art numérique écologique ne courent pas encore la planète. Le Land art et les démarches de plusieurs artistes traitant du thème "art et nature" ont certainement déjà préfiguré des résonnances écologiques marquées. Mais elles ne recourent presque à une expression numérique de la nature, sauf peut-être dans le cas du japonais Masaki Fujihata qui lie des enregistrements video du paysage à son ascension du mont Fuji enregistrée sur un GPS (14). L'art numérique écologique est encore à inventer. Il reflètera directement les deux dimensions les plus marquantes de notre sensibilité en ce début du XXIe siècle. Le numérique est appelé à verdir davantage.
Hervé Fischer

(1) Voir : www.ekopedia.org
(2)
Voir : http://biodiversite.wallonie.be/outils/methodo/predictionpouruneespece.htm
(3)
Voir le site LocalCooling.com
(4) Voir : www.silicon.fr et beaucoup d’autres sites, tels que :
www.pcinpact.com/actu/news/Deux_directives_pour_reduire_la_pollution_electron.htm
(5)
Voir : http://www.lexpress.to/archives/1984/
(6)
Voir : http://www.chine-informations.com/actualite/chine-le-probleme-des-dechets electroniques_9314.html
(7)
Voir : En route pour une électronique verte, GreenpeaceFrance http://www.greenpeace.org/france/press/reports/enqu-te-en-route-pour-une-ele.
Voir aussi : http://technaute.cyberpresse.ca/200612/06/nouvelles/materiel-informatique/
12770-trop-dordinateurs-a-la-poubelle.php
et : http://afp.google.com/article/ALeqM5gbXfE883Kn14V10K1bf7ihonv89A
(8)
Voir : http://www.cec.org/trio/stories/index.cfm?varlan=Francais&ed=14&ID=157
(9)
Voir : http://www.epsc.ca et http://www.wired.com/science/discoveries/news/
2003/03/57990
On trouvera aussi des chiffres comparatifs pour différents pays, malheureusement déjà anciens, à : http://ewasteguide.info/international_e_waste_generation
(10)
Voir : http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=32309&URL_DO=DO_TOPIC&URL_
SECTION=-465.html
(11)
Voir : http://www.olats.org/fcm/artclimat/artclimat.php
(12)
Voir : http://www.bmoca.org/artist.php?id=74
(13)
Voir : http://www.ecoartsonline.org/
(14) Voir une liste de ces artistes à: http://stephan.barron.free.fr/technoromantisme/art_ecolo.html

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