2008-05-21

Le numérique vert














On a souvent souligné que les nouvelles technologies sont beaucoup moins menaçantes pour l’environnement que les anciennes, qui étaient basées sur les ressources naturelles, l’énergie et les mines, et terriblement polluantes. L’esprit du temps aussi a changé, en raison de l’urgence créée par les bouleversements climatiques. Une encyclopédie participative Ekopedia (1), déjà en dix langues, tend à recenser et mettre en ligne les problématiques et les solutions écologiques auxquelles nous devrions tous prêter attention. Les communications par ordinateur, incluant les informations, les documents de travail, les courriels privés, et maintenant la généralisation électronique des billets d'avion, tendent à réduire l’utilisation du papier et contribuent à préserver des forêts. La publicité des manufacturiers canadiens nous montre des images emblématiques d’usagers d’ordinateur portable sur un ponton au bord d’un lac aux eaux pures. Et il convient de souligner ce que les industries douces de l’environnement doivent au numérique. On ne conçoit plus l’écologie sans l’imagerie scientifique numérique, qu'il s'agisse de la détection des variations de l’ozone, des relevés par satellite des densités de plancton dans les océans, des modélisations, des simulations, des capteurs fins de pollution dans l’air, etc. qui seraient impensables sans les ordinateurs et les logiciels sophistiqués auxquels on recourt désormais quotidiennement. Nous usons d’algorithmes écologiques, par exemple pour suivre l’évolution de la biodiversité et évaluer les impacts conjugués des divers paramètres humains, biologiques, météorologiques (2). Non seulement les nouvelles technologies sont douces, mais le numérique vert nous aidera peut-être à sauver les écosystèmes fragiles de la nature. À cet égard, le rapport traditionnellement conflictuel entre technologie et nature s’est en partie inversé.

Une électronique verte?

Mais peut-on parler aussi d’électronique verte? Certes, nous usons de thermostats pour mieux contrôler nos usages énergétiques. Mais s’il est vrai que quinze ordinateurs fonctionnant en même temps, ou que nous avons l’habitude de laisser ouverts, créent autant de gaz à effet de serre qu’une voiture moyenne, comme le souligne la publicité d’un logiciel qui prétend contribuer à sauver la planète (3), nous allons certes devoir changer nos habitudes laxistes en éteignant les ordinateurs inactifs. Déjà Google a décidé de se mettre au vert et d'investir dans les énergies renouvelables en soulignant qu'il était gros consommateur d'électricité avec ses multiples serveurs géants." Les quantités d'énergie que les ordinateurs consomment dans le monde sont énormes. Notre but est de les réduire ", selon Nelson Mattos, vice-président de la recherche et développement (R & D) pour l'Europe chez Google. Mais il y a bien pire : nous produisons entre 20 et 50 millions de tonnes de déchets électroniques chaque année dans le monde, selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Nos sites d’enfouissement s’emplissent désormais d’équipements électroniques, téléviseurs, ordinateurs, téléphones cellulaires que nous mettons au rebut, ce qui constitue une pollution électronique en croissance exponentielle et encore plus menaçante lorsque ces déchets sont incinérés. On a pu estimer que nous rejetons quelques 15 kg par personne et par an de déchets électroniques toxiques, non biodégradables, notamment du plastique, du plomb, du cuivre et du cadmium (4). Un pays comme la Chine, devenu principal manufacturier de ces équipements électroniques, a pris conscience du danger et propose aussi de récupérer tous ces déchets, rapatriés des pays clients, pour les recycler, notamment à Guyu, mais au prix de graves menaces pour la santé des ouvriers qui sont soumis aux émanations de ces matières toxiques (5). L’usage de plus en plus répandu de batteries, qui vont aussi être utilisées pour les voitures hybrides, augmente le défi (6). Le droit international oblige désormais chaque pays à traiter ses déchets dangereux sur son propre trerritoire.

Nous allons devoir donner une attention particulière à ces problèmes inédits, développer des ordinateurs biodégradables, apprendre à contrôler la récupération des composants polluants, apprendre à recycler ces équipements, notamment à des fins éducatives et de développement dans les pays démunis. Consommer et jeter, l’axiome du capitalisme dit évolué, est devenu à l’âge du numérique une lourde menace écologique. C’est donc aussi un problème d’éducation et de gestion. Des organismes internationaux ont entrepris de vastes campagnes de conscientisation, notamment Greenpeace (7). L’Europe, qui produit déjà annuellement quelques six millions de tonnes de déchets électroniques par an, a légiféré. Mais ses directives écologiques sont actuellement encore mal respectées. En Amérique du Nord, nous sommes à cet égard encore plus en retard qu’en Europe. Au Canada, Duncan Bury, du Bureau national de la prévention de la pollution, d’Environnement Canada souligne en 2008 que « nous devons nous attaquer à ce type de risque environnemental qui, bien entendu, n’existait pas il y a dix ans ». Il ajoute que: « Au Canada, selon nos estimations, quelque 158 000 tonnes de déchets électroniques sont éliminées chaque année et l’on s’attend à ce que cette quantité augmente de 30 % d’ici l’année 2010. Si rien n’est fait, nous verrons ce chiffre grimper continuellement, compte tenu des durées de vie du matériel et de l’arrivée constante de nouvelles applications, de plus grande ampleur » (8). Plusieurs organismes de lutte contre le pollution électronique existent au Canada, notamment Electronics Product Stewardship Canada (EPS Canada) (9).

Des artistes verts?

L’UNESCO a institué en 2007 un prix consacré aux arts numériques traitant de l’écologie (10). L’Observatoire Leonardo pour l’art, la technologie et la science (OLATS) s’intéresse aux thèmes du climat et soutient la diffusion du travail d’artistes numériques travaillant sur des thèmes écologiques (11). Admettons que ces artistes sont encore peu nombreux. On ne peut certes confondre écologie et morale (la vertu verte complique passablement les problématiques politiques de l’écologie, comme le souligne le philosophe français Bruno Latour), ni davantage art et morale (les bons sentiments ne font pas de l'art intéressant, pour paraphraser André Gide à propos de la littérature). Les beaux paysages ne traitent pas davantage la question. C’est donc un champ nouveau de création artistique qu’il faut envisager. Lucy Lippard, critique d’art renommée a organisé récemment une exposition intéressante au Boulder Museum of contemporary art - Colorado (12). Ecoarts propose un site en ligne, à vrai dire assez conformiste (13). Mais au-delà des déclarations d’intention ou des dénonciations, les chefs d’œuvre d’art numérique écologique ne courent pas encore la planète. Le Land art et les démarches de plusieurs artistes traitant du thème "art et nature" ont certainement déjà préfiguré des résonnances écologiques marquées. Mais elles ne recourent presque à une expression numérique de la nature, sauf peut-être dans le cas du japonais Masaki Fujihata qui lie des enregistrements video du paysage à son ascension du mont Fuji enregistrée sur un GPS (14). L'art numérique écologique est encore à inventer. Il reflètera directement les deux dimensions les plus marquantes de notre sensibilité en ce début du XXIe siècle. Le numérique est appelé à verdir davantage.
Hervé Fischer

(1) Voir : www.ekopedia.org
(2)
Voir : http://biodiversite.wallonie.be/outils/methodo/predictionpouruneespece.htm
(3)
Voir le site LocalCooling.com
(4) Voir : www.silicon.fr et beaucoup d’autres sites, tels que :
www.pcinpact.com/actu/news/Deux_directives_pour_reduire_la_pollution_electron.htm
(5)
Voir : http://www.lexpress.to/archives/1984/
(6)
Voir : http://www.chine-informations.com/actualite/chine-le-probleme-des-dechets electroniques_9314.html
(7)
Voir : En route pour une électronique verte, GreenpeaceFrance http://www.greenpeace.org/france/press/reports/enqu-te-en-route-pour-une-ele.
Voir aussi : http://technaute.cyberpresse.ca/200612/06/nouvelles/materiel-informatique/
12770-trop-dordinateurs-a-la-poubelle.php
et : http://afp.google.com/article/ALeqM5gbXfE883Kn14V10K1bf7ihonv89A
(8)
Voir : http://www.cec.org/trio/stories/index.cfm?varlan=Francais&ed=14&ID=157
(9)
Voir : http://www.epsc.ca et http://www.wired.com/science/discoveries/news/
2003/03/57990
On trouvera aussi des chiffres comparatifs pour différents pays, malheureusement déjà anciens, à : http://ewasteguide.info/international_e_waste_generation
(10)
Voir : http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=32309&URL_DO=DO_TOPIC&URL_
SECTION=-465.html
(11)
Voir : http://www.olats.org/fcm/artclimat/artclimat.php
(12)
Voir : http://www.bmoca.org/artist.php?id=74
(13)
Voir : http://www.ecoartsonline.org/
(14) Voir une liste de ces artistes à: http://stephan.barron.free.fr/technoromantisme/art_ecolo.html

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2008-05-08

The urgence of improving the networks' governance

internet mapping
Infrastructures have always been the base of economical as much as cultural developments. Just let’s think of rivers, roads, railways, aviation or telephone. Today's information society is depending on internet. Not only we have to multiply these digital highways, but we have to adapt them to the needs of massive expanding communication exchanges and heavy files transit (complex software, 3D imaging, cinema, real time interactivity, etc.). We even dream of a 3D Web technology. Google is offering us 3D images of our cities, and even 3D modeling of the earth and oceans.
Numerous real time massive multiplayers 3D videogames, distribution of fiature films, scientific 3D imaging,
distant robotic surgeries, all of them on line multiplying simultaneously will need more and more bandwidth. We cannot keep such heavy digital trucks on instable earth paths. We will be obliged also to better manage these highways, and even charge tolls according to speed, weight and priorities of the circulating files. Underestimating the importance of extending and improving the new structures and the servers they need, could soon be a main obstacle to economical development, to trade, professional services, education, etc. Each country needs therefore also to train experts in networking architecture and managing. Maintenance and protection become basic strategic issues in a world of intense exchanges of all kind, industrial competition and spying, hacking, terrorism and cyber attacks. No country can afford to encounter sensible data burglaries, digital breakdowns, highways hold-ups and cybercriminality. Not to speak of invisible but powerful worms and virus, and of the catastrophic invasion of junk and spam messages. We should not forget that today’s firewalls are more vulnerable than the Great Wall in its time! Using a metaphor, we could say that the good maintenance of the digital fluxes gets as important for a country as the blood health and circulation for a human body. And it is the responsibility of the states and to build these highways, to manage them in the general interest and to secure them under the auspicies of an international governance.
We meet already a series of difficult challenges. The rapid worldwide success of digital communication puts our internet networks at risk. Experts underline that we are overloading the web, at such a point that we urge to invent and develop a new conception and architecture for it. Otherwise we may be soon confronted to a digital chaos. Telephonic communications will get more and more exclusively digital, and request real time voice exchanges. The rapid tempo of our lives has changed our habits and demands. Time is money. And we request our exchanges of textual messages and data files to be just in time. We cannot accept anymore that our computers and networks be slow. This accelerating social time of today requesting the speed of lighton internet seems to us a basic need. Just imagine if trains or planes should arrive to destination in the second they leave! Only teletransportation in science-fiction makes it possible. Nevertheless we demand it from the internet! Its fluidity and speed must surmount the inevitable traffic jam of digital rush hours.
We are confronted to the necessity not only of improving the digital roads, but also to lighten the circulating vehicles. It means that we have to limit the size of overloaded files by fragmenting them (streaming) and being able to readjust the fragments correctly then they arrive to destination. Compression of the files will not be enough. Dreaming of 3D Web, we have to improve the traditional 3D modeling with its numerous polygons and set up a light new 3D programming. Many developers reach the point of revolutionizing this technology. Lets think for instance to the 3D cyberactors of the Quebec small company named Darwin Dimension*.
A two hours feature film based on the traditional 24 frames per second will finally count with some 172 800 frames. It means a very long and heavy train of vehicles, resulting monstrous for any internet diffusion. A digital film transportation must therefore only take in account the reference frames and the series of little changes from one frame to the next.
Still we have to manage the circulation of the vehicles and direct them through each server of the network according to their addresses, which are tagged to each of one. This is a huge traffic control task! (Just think of the thousands of daily miss directed luggage in the airports.)
The complexity of these challenges looks very sensible, just considering the vital role of digital networks in today’s human activities. We cannot afford any big netcrash, those consequences in our security would be like an earthquake.
According to such basic considerable risks, we need an international institution like the International Telecommunication Union, the leading United Nations agency for information and communication Technologies headquartered in Geneva, being responsible for the international standardization, global maintenance, security, and technological fast improvement of the digital networks. The importance of its role looks equivalent to mandate of the International Civil Aviation Organization (ICAO) based in Montreal, for air transportation roads and security. We also need that the Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) be transferred from its American controlled NGO to a neutral institution with shared international responsability. It seems that the digital technologies development has stretched out faster than human governance. Is it not very dangerous? Time has come to urge an international political awareness of our responsibilities.

Hervé Fischer

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*Darwin Dimension: http://newsblaze.com/story/2006072406003700011.mwir/topstory.html

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