2008-05-05

Le système des hyperobjets


L’accélération du choc du numérique ne cesse de nous surprendre et d’exiger de nous une adaptation, que les uns jugent stressante, et les autres excitante. Mais ces humeurs demeurent bien anecdotiques face aux enjeux démocratiques et éthiques que soulèvent ces nouveaux défis. En voici un nouvel exemple.

De la veille passive…

Notre environnement réel et quotidien est de plus en plus tagé et indexé par des réseaux numériques qui relient ses objets point à point, et leurs attribuent des métadonnées non visibles è l’œil nu. Je ne me réfère pas ici seulement aux cookies, aux robots informatiques des moteurs de recherche, ou aux logiciels espions, qui truffent nos logiciels et les disques durs de nos ordinateurs. Je ne parle pas seulement des codes barres omniprésents sur nos objets manufacturés, voire sur nos dossiers bancaires ou médicaux. Je ne limite pas davantage mon propos aux puces d’identification par radiofréquence RFID qui sont insérées dans de nombreux objets de consommation, voire dans des bracelets ou sous l’épiderme d’animaux ou d’êtres humains. Je n’évoque pas seulement nos cartes de crédit, nos cartes à puces, et nos téléphones cellulaires qui permettent de suivre et d’enregistrer pas à pas tous nos gestes, nos déplacements, voire nos messages. Je ne mentionne pas seulement nos GPS qui suivent constamment les déplacements de nos véhicules ou de nous-mêmes, ni les satellites qui enregistrent des images de nos habitats et repèrent tout changement visible de notre colonisation de la planète. On pourrait qualifier cette première phase de numérisation de notre milieu de vie de veille passive. Préparons-nous à la suite.

… au contrôle actif

Car nous entrons manifestement dans une deuxième phase plus active de cette invasion numérique de notre espace privé aussi bien que public, pour le meilleur et pour le pire, comme à chaque avancée de CyberProméthée. Je ne parle pas seulement des systèmes Bluetooth de réseaux sans fil qui relient des objets entre eux à partir d’ordinateurs qui contrôlent donc la domotique d’une maison, aussi bien que nos imprimantes et nos webcams. La crise financière qui sévit actuellement aux États-unis, notamment à la suite des abus de crédit hypothécaire, dite des subprimes, a favorisé la commercialisation de mouchards électroniques d’usage courant. Certes, les maisons dont les propriétaires ne sont plus capables de rembourser les hypothèques ne bougent pas de leurs fondations et sont donc facilement récupérables par les prêteurs. Mais le mal s’est étendu aux automobiles. Pour contraindre les clients à payer leurs mensualités, et pour récupérer éventuellement les voitures dont les baux ne sont plus honorés, les compagnies de financement installent désormais sur les voitures des mouchards qui clignotent lorsque la date mensuelle du payement approche. Et si le client ne satisfait pas à ses obligations, les services financiers peuvent envoyer à distance un signal informatique qui provoquera tout simplement l’arrêt du véhicule. Dès qu’il a payé, le client reçoit un code qu’il peut entrer sur le clavier du mouchard, et qui lui permet de redémarrer. Si non, la localisation du véhicule par GPS permettra à la société de récupérer l’auto. Bien sûr, pour ne pas créer de danger, le dispositif fonctionne selon plusieurs avertissements préalables pendant 48 heures avant l’immobilisation du véhicule. C’est un marché en pleine expansion pour des sociétés comme Payteck de l’Ohio, ou Sekurus en Californie, qui a équipé quelques 250 0000 autos. Ces sociétés, en pleine expansion, exportent désormais leurs systèmes en Chine, en Europe et au Moyen-Orient. Car l’efficacité de ces petits dispositifs incontournables peut s’appliquer non seulement aux automobiles, mais aussi aux photocopieuses, et demain à nos équipements de cuisine – réfrigérateur, machine à laver, etc. -, à nos téléviseurs, à nos systèmes de son, de chauffage ou de climatisation, bref à tout ce qui s’achète fréquemment à crédit et qui fonctionne à l’électricité.

Nous appellerons donc hyperobjets, tous ces équipements qui peuvent désormais être reliés par les réseaux numériques câblés et sans fil à des serveurs centraux, véritables boîtes noires de contrôle de l’usage des objets et donc de leurs utilisateurs – nous-mêmes. Dans nos sociétés de consommation, ce nouveau système des hyperobjets – pour élargir le titre d’un livre bien connu de Jean Baudrillard* - touchera bientôt non seulement l’industrie des équipements, comme les voitures, mais aussi des contenus et des services. Déjà se généralisent les cartes dont on doit recharger le crédit, pour le métro, pour les péages d’autoroute, pour les téléphones cellulaires, mais aussi pour une connexion satellitaire de télévision. Et les contenus n’y échapperont pas non plus : les fichiers numériques des logiciels, des films, de la musique et de tout ce que l’on peut charger sur l’internet vont comporter quelques lignes de programmation supplémentaires, qui permettront d’y inclure une date de péremption ou d’en renouveler à distance la jouissance avec une carte de crédit. Le système de consommation auquel nous nous soumettons de plus en plus met ainsi en place ses structures numériques de contrôle commercial. La majorité de nos objets quotidiens – nos lits, nos tables – ont quelques chances de demeurer inertes (et encore, bien des objets-fiction sont imaginables!), mais un nombre croissant de nos objets d’usage courant vont devenir hyper : sous contrôle à distance. Nous allons devoir nous adapter à l’hybridité qui s’annonce, celle de la matière et du numérique.

Le Far Digital

Bien entendu, ces changements nous confrontent aussi au défi, qui semble chaque fois plus volatile, difficile à saisir et à relever, de l’encadrement législatif qui s’impose face à tous les abus que permet le développement de cette nouvelle frontière électronique. À quel rythme et jusqu’à quel point allons-nous être capable de réguler ce no man’s land numérique qui émerge chaque jour davantage autour de nous? Les Groupes de consommateurs veillent aussi, mais ils ont inévitablement la gâchette moins rapide que les développeurs de technologies! Il nous faudrait un Lucky Luke du Far Digital.
Et je ne tomberai pas dans la maladie chronique de la paranoïa numérique. L’entrée dans l’âge du numérique est encore plus fascinante que la découverte du Nouveau monde ou que l’exploit du premier homme sur la Lune (qui en est d’ailleurs l’une des manifestations les plus marquantes). Et nous nous adapterons certainement. On tend curieusement à oublier, lorsqu’on s’inquiète, que ce n’est pas un sorcier ou un démon, mais nous-mêmes qui avons inventé l’informatique, et qui en détenons les codes sources et les algorithmes.
Hervé Fischer

* Jean Baudrillard : Le système des objets, Gallimard, 1968.

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2008-04-11

Popular hardware for free

I presented recently low-cost laptops produced in India, in China and in the US (MIT’s small Negroponte's computer), on sale for 200$ or less. Every month, we see more of the same. Their multiplication puts a new trend in evidence. Small handy laptops will soon be available for as low as 80$, shipping included! You may already buy a brand new Lexmark printer for only 60$ (but a black & white ink cartridge cost 25$ and a color one 42$). Companies don't make their profit any more with popular hardware, but with the contents and services they sell to us as captive clients. We observe the same trend with cell telephones. The main companies give them for free to their clients ready to sign a three years subscription. It allows me to give away my older one every three years to friends in the South. It is reasonable to foresee that we will get any popular hardware for free in the very next future in exchange of profitable subscriptions and services. According to the massive quantities of personal equipments of the digital age, the production costs in countries such as China, India, etc. are getting insignificant in comparison with the monthly invoicing of subscriptions and special services. This new business plan is allowed by the massive social use of such basic electronic devices considered as indispensable. We think we cannot afford anymore not to have the newest one in hands.

The permanent internet connection allows also offering computers without hard disk, and even with only basic software, using a simple flash memory to process any algorithm, and loading temporarily powerful programs from the servers. Microsoft is dreaming from such a new way of doing his money since years. The videogame industry nourishes the same vision. And open source programs like Linux' ones, which you get for free allow to drop even more the public prices.

These low-end portables will be more and more produced in China and India, reaching the same extension and acceleration as the market of the cell telephone. The quantity of the production will allow the prices of production to drop dramatically, as it happened with radios. We started with internet as a mass media only ten years ago. Think just of 50 years ahead. If the planet has not been destroyed meanwhile, it will become more and more a digital planet, what l called a hyper planet.

Paradoxically, their performances will get more and more astonishing. This revolution will radically transform not only the business plans of the big corporations, but also the social uses on a worldwide scale (only for now on limited to 18% of the population due to the digital divide, which will last for much more time indeed!). We don’t speak here of the professional uses, which may keep very expensive, but of the popular social uses, such as making and exchanging emails, photos, videos, navigating on the web and loading music, games or short animations.

Content, Content, Content!

The market may be massive, depending on the quality, the richness and the innovation of the contents. It may look as a paradox, but the economy of the digital age seems to move quickly from the hard and software to the contents. What about the networks, the so called tubes? Any one who bought a GPS device knows that he does not pay for the use of the satellite connection. Why? Because they are free public infrastructures! So, finally, we must say: Content, content, content, as people of real estate say: Location, location, location!

Spam Publicity

Contents and services, we should say. But nevertheless it sounds as an incredible new opportunity for creators, artists, musicians. And the next challenge concerns therefore our habit of getting the contents for free in the cyberworld, or pirating them. Many experts say that we will be obliged to change our behaviours. If not, the sanction will be to get tolerant to a huge wave of publicity, harassing us on all our screens. So to say: spam publicity! Such a tsunami will again enrich the publicity industry more than the corporations dedicated to digital hard and software. What will happen? At least it means huge changes in our social uses and the profit making of the economy, within a few years.

Hervé Fischer

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